Sigean, messe d’au revoir à Père Jacques Philippe et Saint Félix

Après trois années de vie pastorale sur notre Paroisse, Père Jacques Philippe repart au Burkina Faso dès cette semaine où l’attendent d’autres fonctions. La célébration de ce samedi lui était dédiée afin de le remercier de tout ce qu’il a donné durant son séjour parmi nous. Il a présidé cette eucharistie, assisté de Père Simplice et de notre Diacre Jacky Marsais et d’Henkel. La liturgie a été animée par Christophe Barrault à l’orgue et par les chorales de Sigean et Port-La-Nouvelle, sous la conduite d’André Quercy.  A la fin de la messe, il a reçu les nombreux dons des Paroissiens pour le remercier. Le mot d’accueil a été préparé par Marie-Christine Savary et l’hommage a été rendu par Père Simplice.

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Homélie De La Messe Au revoir Jacques Philippe TOÉ 

Ce Samedi 31 Juillet 2021 n’est pas un jour comme les autres ! En fait, au-delà de la célébration de Saint Félix, nous nous retrouvons, un peu de façon inhabituelle, pour célébrer l’un des nôtres, un autre africain, le Père Jacques-Philippe, appelé à d’autres fonctions et qui quitte, définitivement, notre église-famille Saints Pierre et Paul des étangs.

Que ces deux événements se situent dans le sillage de la célébration de ce jour n’a rien de fortuit !

En effet, la fête de Saint Félix que nous célébrons, aujourd’hui, nous plonge, dans une certaine mesure, au cœur de la mission confiée, hier aux Apôtres, et aujourd’hui à tout disciple du Christ.

Mon cher Jacques-Philippe,

La vie et le ministère de celui que nous fêtons et célébrons, aujourd’hui, peuvent se résumer, en deux mots : stabilité et mouvement.

Un jour, pour avoir dit ‘oui’, à l’appel du Christ, la mission de ce pasteur l’a conduit loin des siens, vers des terres inconnues, avec tout ce que cela peut constituer comme difficultés et déchirements.

Originaire de l’Afrique du Nord, Félix a dû traverser la mer, avec son compagnon Saint Cucuphat, pour aller évangéliser l’Espagne, à une période de grande persécution, pour l’Église…

Depuis 2018, toi aussi, au nom de ta réponse à l’appel du Christ, traversant la mer, tu as été conduit loin de chez toi, sur une autre terre : notre terre du Littoral et des Corbières ! Pendant trois années, malgré la santé qui a été la tienne, tu as servi au mieux ton Seigneur, dans cette paroisse, rompant, sans relâche, pour nous, le « pain de vie », administrant les sacrements… C’était le temps de la stabilité

Bien sûr, rien ne va de soi ! Tu n’ignores pas les lenteurs, les oublis, les résistances, les difficultés faites d’hésitations, de renoncements, d’échecs voire de critiques. Mais, rien n’est parfait, et il est toujours difficile de contenter tout le monde.

Jacques-Philippe, tu as voulu ne considérer que l’aspect positif de chaque situation. Tu nous as acceptés tels que nous sommes, pour ne voir que le bon côté et les capacités de chacun. Et s’il t’est arrivé d’être fatigué, découragé : tu ne l’as guère montré. Tu as donné l’image d’un prêtre serein, confiant, optimiste…

Aujourd’hui, l’heure est venue, pour toi, d’emprunter le chemin du mouvement : celui qui t’arrache à une terre, à des amis, à une paroisse, à une famille, comme pour dire que celui qui veut servir le Seigneur n’a vraiment pas le temps de s’installer et de tenir pour acquis définitif, ce qu’il possède ou considère comme tel.

 N’eût été l’espérance qui nous habite, l’atmosphère de ce jour aurait pu paraître lourde. Mais, l’espérance ne déçoit pas, elle qui nous ouvre des chemins nouveaux.

En cet instant, ce sont ces paroles pleines de sagesse qui me reviennent : ‘‘Si les bourgeons ne partaient pas, si le printemps boudait l’été : il n’y aurait ni feuillage, ni fruits.’’

Et Jésus, lui-même, a cru bon de dire : ‘‘Il vous est utile que je m’en aille’’

Eh oui, dès lors que l’on se croit nécessaire, indispensable : on commence à devenir inutile, sinon nuisible. Et tous, nous avons souffert, un jour ou l’autre, de ces éternels permanents.

Le message, que nous donne St Félix d’apprendre à partir à temps, ce message s’adresse à chacun, à une époque de la vie : aux parents, aux maîtres, à tous ceux qui sont à l’origine de quelque chose, sinon l’amour, très vite, se change en révolte

Et les disciples de Jésus doivent acquérir la sagesse de partir sereinement, lorsque le temps est venu.

Quand un homme a épuisé son utilité : qu’il sache que la joyeuse acceptation de son inutilité est un service grandiose !

Père Jacques-Philippe, il est bien entendu qu’il ne s’agit pas, te concernant, d’une quelconque retraite, encore moins de joyeuse acceptation de ton inutilité. Non ! Il s’agit plutôt, pour toi, de faire valoir tes dons et ton savoir-faire, autrement et dans ton diocèse d’origine où la mission t’attend.

Pour réussir à bien cette nouvelle aventure qui se présente à toi, je t’invite, à garder quelque part, dans la mémoire de ton cœur, ces quelques petits conseils que, en frère aîné, je voudrais comme des poteaux indicateurs, pour ton avenir sacerdotal. Crois-moi, ce ne sont pas des leçons : rien que des conseils…

Ainsi, cher Père,

-Partout où tu seras, désormais : que ta façon de vivre comme prêtre, soit toujours plus importante que tout ce que tu feras, en tant que prêtre.  Ou, si tu veux : que ton ministère ne se définisse pas d’abord par une série de tâches spécifiques, mais par le signe du Christ-Pasteur, porté par des hommes au sein de communautés vers lesquelles ils sont envoyés.

-Ensuite, cher Jacques-Philippe, garde toujours présent à l’esprit que ce que le Christ fait en toi est plus important que ce que tu fais, toi-même. Prêtres, cela nous emmène à prendre conscience de nos limites : nous ne sommes que des serviteurs inutiles, car c’est le Seigneur seul qui compte ! Rappelle-toi toujours que ‘Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain’ !

 -Enfin, Père, je t’invite à continuer de croire fermement :

.que ce que le Christ fait, par notre intermédiaire, est plus important que ce que, l’on fait, soi ;
.que ce que l’on vit, en unité avec les autres prêtres, est plus important que ce que l’on fait, tout seul, en se lançant, à corps perdu, dans le ministère ;

.que ce que l’on vit, au service de la vie spirituelle de ses collaborateurs, est plus important que de faire, tout seul, le plus grand nombre possible d’activités.

.Agir, en unité avec ses collaborateurs, c’est toujours plus important qu’agir seul, si capable que l’on se considère ! Autrement dit : la communion est plus importante que l’action.

.Avoir une âme, ouverte sur tout -la communauté, le diocèse, l’Église universelle- est plus important que de se fixer sur des intérêts particuliers, si essentiels qu’ils puissent apparaître !

.Être rassembleur d’hommes : telle doit être toujours notre devise ! Et pour cela, dans la logique de l’Évangile, n’hésite pas à pêcher à la ligne, plutôt qu’au filet.

Et, si tu le peux, fais tienne, chaque jour, cette belle devise de Charles de FOUCAULT, murmure-la, sans cesse, dans ton cœur : « Mon apostolat doit être l’apostolat de la bonté. En me voyant, on doit dire : ‘Puisque cet homme est si bon : sa religion doit être bonne !’ Je voudrais être assez bon, pour qu’on dise : ‘Si tel est le serviteur : comment donc est le Maitre ?’ ».

Voilà, cher Jacques-Philippe… Ces conseils, je pense humblement qu’ils ont guidé aussi la vie de Saint Félix que nous célébrons, aujourd’hui. Et puisque cette cérémonie d’au revoir s’inscrit, dans la même veine : je souhaite que tu les gardes, comme un trésor précieux à faire fructifier.

Comme je le disais plus haut, la vie et le ministère de Saint Félix que nous célébrons, en ce jour, peuvent se résumer, en deux mots : stabilité et mouvement. Le fait de devoir partir ailleurs, s’inscrit dans la même veine.

Tu as servi cette Paroisse, durant trois années, avec cœur, courage et abnégation. Tu nous as beaucoup donné, un peu chaque jour : que le Seigneur veuille bien te le rendre, en t’épaulant, dans ton nouvel apostolat !

Nous espérons que ton expérience parmi nous t’aura également enrichi, qu’elle t’aura appris la diversité et à quel point cette altérité est une richesse, pour notre Église.

Les différentes sensibilités, les différents talents, les différents besoins qui la composent, dessinent vraiment le corps du Christ.

En tous cas, je ne doute pas, un seul instant, que l’élan que tu as mis à nous accompagner ici, se poursuivra, pour le bonheur de ceux qui te seront confiés.

Pour ma part, je voudrais, ici, te dire que parmi tant de prêtres, tu m’as marqué :

– Par ton sens de l’autorité,

-Par ta Présence, dans les moments difficiles, de malheurs et de joies,

-Par ta discrétion et ton dévouement,

-Par ton humilité,

-Par ta droiture,

-Par ta volonté de servir à fond.

Merci énormément, pour le travail accompli ! Au nom de tous les autres confrères, ici représentés, par notre aîné, Jacky MARSAIS : Merci et merci…

Chers amis paroissiens, chers tous…

Avec ce départ, c’est un ami, un frère que nous n’aurons plus à portée de main. Je nous invite à garder en mémoire ce que nous avons vécu, avec lui, de grand, de beau et de merveilleux et à faire en sorte que notre amitié, notre fraternité dépasse les frontières du temps et de l’espace.

Jacques-Philippe, c’est du fond du cœur que nous te souhaitons une belle aventure sur ta terre natale, où le ministère pourra, à nouveau, t’enrichir d’autres rencontres diverses.

Bonne continuation à toi, PèreNous nous retrouverons, assurément, quand nous descendrons… à la Gare de Dieu !

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