Textes choisis

Toi, Seigneur, tu m’invites à pardonner sans cesse. Chaque jour, de nombreux événements, de petits et de gros conflits, de minuscules et d’énormes malentendus, me lancent un appel.

Chaque jour retentit l’appel à pardonner. Mais je n’en ai pas envie, Seigneur. Parce ce que j’ai l’impression de toujours plier quand je pardonne. J’ai l’impression d’être le plus faible, celui qui n’a pas assez de colonne vertébrale pour se tenir debout.

Puis je me souviens de toi sur la croix. Il t’en fallait du courage et de l’amour pour dire : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font !

Donne-moi la force de pardonner sans cesse. Car je sais, en regardant ta vie et ta mort, que ce n’est pas de la faiblesse de ne jamais refuser son pardon.

C’est de la force.

C’est la force de l’amour.

priere mains croixSeigneur,
Aujourd’hui, tu nous rejoins là où nous sommes,
Tels que nous sommes.
Tu poses sur nous un regard compatissant,
Qui ne juge pas mais voit au-delà de nos fautes,
Empreint d’amour et du désir de nous libérer.

Tu veux entrer dans notre cœur,
Nous atteindre dans notre faim profonde d’être accueillis, choisis, aimés,
Pardonnés et réconciliés avec toi.
Entre, Seigneur !
Que ta parole nous incite à mettre de l’ordre dans notre vie,
A regarder les gens qui nous entourent avec ton regard,
A nous ouvrir les mains, à changer…

Entrer en Carême
c’est ouvrir sa porte et réapprendre à bouger, à se déplacer, à vivre.
C’est refuser de rester figé sur ses positions, ses dogmes ou ses certitudes absolues.

Entrer en Carême
c’est aussi changer de cap.
Mettre le cap sur Dieu en se laissant déranger par les coutumes des autres, leurs idées,
leurs habitudes, leurs langues,
se laisser surprendre par la musique de l’autre qui dit un autre rythme, au autre temps, une autre chanson.

Entrer en Carême
c’est se mettre à l’écoute de la Parole, celle qui, au milieu des bavardages, nous touche au cœur et nous arrache non une larme, un billet de banque, un chèque,
mais un geste de pardon, d’amour ou de paix.

Entrer en Carême
c’est se mettre à l’écoute de la réussite de Dieu, celle qui accepte la blessure, celle qui ne profite pas de l’échec du faible, celle qui n’exploite pas la naïveté
ou la sueur du faible.

Entrer en Carême,
c’est se mettre à l’écoute de l’Amour de Dieu, un Amour qui vous apprend à lire autrement,
à parler, à partager, à se rencontrer autrement.
A aimer simplement.
Père Alain Lotodé
Curé de la paroisse Notre Dame de Pentecôte (Paris-La Défense)

 

J’ai dit à la Terre :
« Es-tu le Dieu que je cherche ? »
Elle m’a répondu :
« Ce n’est pas moi ton Dieu. »
J’ai dit à tout ce qui vit sur terre :
« Êtes-vous le Dieu que je cherche ? »
Et tout ce qui vit m’a répondu :
« Nous ne sommes pas ton Dieu. »
J’ai demandé à la mer et à tous les êtres qui la peuplent :
« Êtes-vous le Dieu que je cherche ? »
Ils m’ont répondu :
« Nous ne sommes pas le Dieu que tu cherches. »
Alors j’ai dit à tous les êtres que je vois,
que j’entends, que je sens, que je touche :
« Parlez-moi de mon Dieu puisque vous ne l’êtes pas.
Dites-moi quelque chose de Lui. »
Et ils m’ont crié de leur voix puissantes :
« C’est lui qui nous a fait. »
Saint Augustin

Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir
Et l’envie furieuse d’en réaliser quelques-uns.
Je vous souhaite d’aimer ce qu’il faut aimer
Et d’oublier ce qu’il faut oublier.
Je vous souhaite des passions.
Je vous souhaite des silences.
Je vous souhaite des chants d’oiseaux au réveil
Et des rires d’enfants.
Je vous souhaite de résister à l’enlisement, à l’indifférence,
Aux vertus négatives de notre époque.
Je vous souhaite surtout d’être vous.

Jacques Brel

Victor_hugoEspère, enfant ! demain ! et puis demain encore !
Et puis toujours demain ! Croyons dans l’avenir.
Espère ! et chaque fois que se lève l’aurore,
Soyons là pour prier Dieu, comme pour bénir !

Nos fautes, pauvres anges, ont causé nos souffrances.
Peut-être qu’en restant bien longtemps à genoux,
Quand Il aura béni toutes les innocences,
Puis tous les repentirs, Dieu finira par nous.

Victor Hugo (1802-1885), 7 octobre 1834
Les Chants du crépuscule (XXX)

 

Qui es-tu, douce lumière qui m’inondes
Et illumines l’obscurité de mon cœur ?
Tu me conduis par la main comme une mère,
Et si Tu me lâchais, je ne saurais faire un pas de plus.
Tu es l’espace qui enveloppe mon être et le garde en lui,
Abandonné de Toi, il tomberait dans l’abîme du néant
dont Tu me tiras pour m’élever à la lumière.
Toi, plus proche de moi que je ne le suis de moi-même,
Plus intérieur que mon être le plus intime
Et pourtant insaisissable et inouï.
Surprenant tout nom
ESPRIT SAINT, AMOUR ÉTERNEL.

N’es-tu pas la douce manne
qui déborde du cœur du Fils
Dans mon cœur, Nourriture des anges et des bienheureux ?
Lui qui s’éleva de la mort à une vie nouvelle
m’a éveillée aussi du sommeil de la mort
à une vie nouvelle et me donne vie nouvelle jour après jour.
Sa plénitude viendra un jour m’inonder,
Vie de Ta vie, oui Toi-même
ESPRIT SAINT, VIE ÉTERNELLE.

Es-tu le rayon qui jaillit du trône du juge éternel
Et fait irruption dans la nuit de l’âme,
Qui jamais ne se connut elle-même ?
Miséricordieux, impitoyable, il pénètre les replis cachés.
Effrayée à la vue d’elle-même,
Elle est saisie d’une crainte sacrée,
Le commencement de cette sagesse,
Qui nous vient d’en haut et nous ancre solidement dans les hauteurs
Par Ton action qui nous crée à neuf,
ESPRIT SAINT, RAYON QUI PÉNÈTRE TOUT.

Es-Tu la plénitude de l’esprit et de la force
Par laquelle l’Agneau délie les sceaux
De l’éternel dessein de Dieu ?
Envoyés par Toi, les messagers du jugement chevauchent de par le monde
Et séparent d’un glaive acéré
Le royaume de la lumière du royaume de la nuit.
Alors le ciel devient nouveau et nouvelle la terre
Et tout vient à sa juste place Sous ton souffle
ESPRIT SAINT, FORCE VICTORIEUSE.

Es-Tu le maître qui édifie la cathédrale éternelle,
Qui de la terre s’élève dans les cieux ?
Vivifiées par Toi, les colonnes s’enlacent bien haut
Et se dressent à jamais inébranlables.
Marquées du nom éternel de Dieu,
Elles se haussent dans la lumière
Et portent la coupole puissante
Qui couronne la cathédrale sacrée,
Ton œuvre qui embrasse le monde,
ESPRIT SAINT, MAIN DE DIEU QUI FAÇONNE.

Est-ce Toi qui créas le miroir clair
Tout proche du trône du Très-Haut,
Pareil à une mer de cristal,
Où la divinité se contemple avec amour?
Tu Te penches sur la plus belle œuvre de ta création,
Reflet lumineux de Ton propre rayonnement
Et de tous les êtres, pure beauté Unie à la figure aimable De la Vierge,
Ton épouse immaculée
ESPRIT SAINT, CRÉATEUR DE L’UNIVERS.

Es-tu le doux cantique d’amour et de crainte sacrée
Qui retentit près du trône de La Trinité,
Qui marie en lui le son pur de tous les êtres ?
Harmonie qui assemble les membres à la Tête,
Et se répand plein d’allégresse,
Libre de toute entrave dans Ton jaillissement
ESPRIT SAINT, ALLÉGRESSE ÉTERNELLE.

CE POÈME D’ÉDITH STEIN EST DATÉ DE LA PENTECÔTE 1937.

Hier, aujourd’hui, demain
Nous avions ensemble fait tant de choses.
Et voilà que maintenant tu nous quittes.
Nous avons mangé, bu avec toi, nous avons partagé les soucis et les travaux quotidiens.
Avec toi, nous avons partagé tant de projets et tant d’espoirs.
Il y a tant de choses encore que nous aurions voulu faire ensemble.
Mais cela semble s’arrêter aujourd’hui et ce n’est plus ensemble que nous allons réaliser ce que tu espérais.
Nous voudrions nous souvenir de toi, continuer de travailler à tout ce que tu attendais, à tout ce que tu espérais.
Comme un mur, la mort nous sépare de toi, comme le souffle du vent qui balaie les obstacles,
notre amitié, notre affection et notre espérance s’en iront te rejoindre là où désormais tu nous attends près de Dieu.

 

Sermon de saint Augustin (évêque d’Hippone, Afrique du Nord, mort en 430), sur la montée du Seigneur Jésus Christ au ciel, pour l’Ascension. Publié le 12 avril 2014.

Aujourd’hui notre Seigneur Jésus Christ monte au ciel ; que notre cœur y monte avec lui.

Écoutons ce que nous dit l’Apôtre : Vous êtes ressuscités avec le Christ. Recherchez donc les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Le but de votre vie est en haut, et non pas sur la terre. De même que lui est monté, mais sans s’éloigner de nous, de même sommes-nous déjà là-haut avec lui, et pourtant ce qu’il nous a promis ne s’est pas encore réalisé dans notre corps.

Lui a déjà été élevé au-dessus des cieux; cependant il souffre sur la terre toutes les peines que nous ressentons, nous ses membres. Il a rendu témoignage à cette vérité lorsqu’il a crié du haut du ciel : Saul, Saul, pourquoi me persécuter ? Et il avait dit aussi : J’avais faim, et vous m’avez donné à manger. Pourquoi ne travaillons-nous pas, nous aussi, sur la terre, de telle sorte que par la foi, l’espérance, la charité, grâce auxquelles nous nous relions à lui, nous reposerions déjà maintenant avec lui, dans le ciel ? Lui, alors qu’il est là-bas, est aussi avec nous ; et nous, alors que nous sommes ici, sommes aussi avec lui. Lui fait cela par sa divinité, sa puissance, son amour ; et nous, si nous ne pouvons pas le faire comme lui par la divinité, nous le pouvons cependant par l’amour, mais en lui. Lui ne s’est pas éloigné du ciel lorsqu’il en est descendu pour venir vers nous ; et il ne s’est pas éloigné de nous lorsqu’il est monté pour revenir au ciel. Il était là-haut, tout en étant ici-bas ; lui-même en témoigne : Nul n’est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme, qui est au ciel.

Le corps du Christ
Il a parlé ainsi en raison de l’unité qui existe entre lui et nous : il est notre tête, et nous sommes son corps. Cela ne s’applique à personne sinon à lui, parce que nous sommes lui, en tant qu’il est Fils de l’homme à cause de nous, et que nous sommes fils de Dieu à cause de lui. C’est bien pourquoi saint Paul affirme : Notre corps forme un tout, il a pourtant plusieurs membres; et tous les membres, bien qu’étant plusieurs, ne forment qu’un seul corps. De même en est-il pour le Christ. Il ne dit pas : le Christ est ainsi en lui-même, mais il dit : De même en est-il pour le Christ à l’égard de son corps. Le Christ, c’est donc beaucoup de membres en un seul corps. Il est descendu du ciel par miséricorde, et lui seul y est monté, mais par la grâce nous aussi sommes montés en sa personne. De ce fait, le Christ seul est descendu, et le Christ seul est monté; non que la dignité de la tête se répande indifféremment dans le corps, mais l’unité du corps ne lui permet pas de se séparer de la tête.

Saint Augustin

Bethléem, prépare-toi : le paradis s’ouvre pour tous. Réjouis-toi, Ephrata, car dans la grotte, l’arbre de vie a fleuri, du sein de la Vierge. Ce sein est devenu un paradis spirituel, où nous trouvons la plante divine qui nous donne la vie, si nous la mangeons. Désormais, nous ne mourrons plus comme Adam : car le Christ naît pour relever son image, tombée aux premiers jours du monde.
Le Christ s’approche pour nous servir ; il prend, lui le Créateur, la forme de sa créature. Riche de sa divinité, il apporte au malheureux Adam une création et une naissance nouvelles.
Il incline les cieux, et du sein de la Vierge, il s’approche de nous, revêtu de notre chair. Il va naître dans la grotte de Bethléem, selon les Écritures, il va paraître comme un enfant, lui qui, aux enfants, donne la vie dans le sein des mères. Allons à sa rencontre, dans la joie et l’âme en fête.
Le Seigneur plein de sagesse vient chez lui comme un simple hôte : accueillons-le, afin de devenir à nouveau des hôtes de son paradis de délices, et d’y demeurer par la grâce de celui qui naît dans une étable.

Extrait de Prières eucharistiques des premiers siècles, Adalbert Hamman, Desclée de Brouwer, 1957.

simone VeilIl restera de toi ce que tu as donné
Au lieu de le garder dans des coffres rouillés.
Il restera de toi de ton jardin secret
Une fleur oubliée qui ne s’est pas fanée
Ce que tu as donné, en d’autres fleurira
Celui qui perd sa vie, un jour la trouvera.

Il restera de toi ce que tu as offert,
Entre tes bras ouverts un matin au soleil.
Il restera de toi ce que tu as perdu
Que tu as attendu plus loin que tes réveils.
Ce que tu as souffert en d’autres revivra,
Celui qui perd sa vie, un jour la trouvera.

Il restera de toi une larme tombée,
Un sourire germé sur les yeux de ton cœur.
Il restera de toi ce que tu as semé,
Que tu as partagé aux mendiants du bonheur.
Ce que tu as semé en d’autres germera.

Ils sont nombreux les bienheureux qui n’ont jamais fait parler d’eux et qui n’ont pas laissé d’image.
Tous ceux qui ont depuis des âges aimé sans cesse et de leur mieux autant leurs frères que Dieu !
Ceux dont on ne dit pas un mot.
Ces bienheureux de l’humble classe, ceux qui n’ont jamais eu l’extase
et n’ont laissé d’autres trace qu’un coin de terre ou un berceau.

Ils sont nombreux ces gens de rien, ces bienheureux du quotidien
qui n’entreront pas dans l’histoire ceux qui ont travaillé sans gloire
et qui se sont usé les mains à pétrir, à gagner le pain.

Ils ont leurs noms sur tant de pierres et quelques fois dans nos prières,
mais ils sont dans le cœur de Dieu ! Et quand l’un deux quitte la terre,
pour gagner la maison du père, une étoile naît dans les cieux.

J’ai écrit ton nom…
J’ai écrit ton nom sur le sable,
Mais la vague l’a effacé.
J’ai gravé ton nom sur un arbre,
Mais l’écorce est tombée.
J’ai incrusté ton nom dans le marbre,
Mais la pierre a cassé.
J’ai enfoui ton nom dans mon cœur,
Et le temps l’a gardé.

Jésus,
Toi qui es né dans une étable,
Protège tous ceux qui vivent dans la pauvreté
et au milieu des dangers.

Jésus,
Toi qui es né en voyage,
Protège tous ceux qui sont menacés
Et ceux qui n’ont pas de maison.

On t’a offert de l’or et les plus beaux cadeaux,
Protège aussi ceux qui ont tout
Et qui oublient de penser aux autres.

Tu as ramené sur la terre la lumière du ciel.
Laisse la lumière descendre sur nous en ce Noël.

Amen.

 

Je marcherai sous le soleil trop lourd, sous la pluie à verse ou dans la tornade.
En marchant, le soleil réchauffera mon cœur de pierre ; la pluie fera de mes déserts un jardin. A force d’user mes chaussures, j’userai mes habitudes.

Je marcherai et ma marche sera démarche.
J’irais moins au bout de la route qu’au bout de moi- même.
Je serai pèlerin.
Je ne partirai pas seulement en voyage.
Je deviendrai moi-même un voyage, un pèlerinage.

Jean Debruynne

 

Je ne crois pas au droit du plus fort,
au langage des armes,
à la puissance des puissants.
Je veux croire aux droits des êtres humains,
à la main ouverte, à la puissance des non-violents.
Je ne crois pas à la race ou à la richesse,
aux privilèges, à l’ordre établi.
Je veux croire que le monde entier est ma maison.

Je veux croire que le droit est un, ici et là,
et que je ne suis pas libre
tant qu’un seul être humain est esclave.
Je ne croirai pas que la guerre et la faim soient inévitables et la paix inaccessible.
Je veux croire à l’action modeste,
à l’amour aux mains nues et à la paix sur Terre.

Je ne crois pas que toute peine soit vaine.
Je ne croirai pas que le rêve de l’être humain restera un rêve et que la mort sera la fin.
Mais j’ose croire, toujours et malgré tout,
à l’être humain nouveau.
J’ose croire au rêve de Dieu même : un ciel nouveau,
une Terre nouvelle où la justice habitera.

 Dom Helder Camara

Je ne veux plus aimer que ma mère Marie.
Tous les autres amours sont de commandement.
Nécessaires qu’ils sont, ma mère seulement
Pourra les allumer aux cœurs qui l’ont chérie.

C’est pour Elle qu‘il faut chérir mes ennemis,
C’est par Elle que j’ai voué ce sacrifice,
Et la douceur de cœur et le zèle au service,
Comme je la priais, Elle les a permis …

C’est par Elle que j’ai voulu de ces chagrins,
C’est pour Elle que j’ai mon cœur dans les Cinq Plaies,
Et tous ces bons efforts vers les croix et les claies,
Comme je l’invoquais, Elle en ceignit mes reins.

Je ne veux plus penser qu’à ma mère Marie,
Siège, de la Sagesse et source des pardons,
Mère de France aussi, de qui nous attendons
Inébranlablement l’honneur de la patrie.

Marie Immaculée, amour essentiel,
Logique de la foi cordiale et vivace,
En vous aimant qu’est-il de bon que je ne fasse,
En vous aimant du seul amour, Porte du ciel ?

Paul Verlaine (1844-1896) (Sagesse, II, Messein.)

Même si venait à disparaître mon corps, moi, je serais encore.
Je serais pareil à la flamme qui brûle dans le brasier
ou dans l’étincelle, pareil à l’éclat d’un regard.
Je serais pareil au sentiment, qui traverse le temps et la matière,
pareil à l’odeur parfumée qui sort des bois,
ou à une voix sortant de la gorge.
Je serais aussi dans le cri ou dans le vent, dans l’appel ou dans le sourire.
Je serais dans la vibration ou dans le battement,
dans le chuchotement ou dans la caresse.
Je serais loin et près,
comme le soleil et la lune, les étoiles ou le ciel.
Je serais comme une couleur lumineuse
ou comme une pensée qui fuit.
Je serais pareil à l’oiseau qui vole,
ou à l’étoile filante qui parcourt les années-lumière.
Je serais comme un geste,
ou comme un mouvement de la terre,
comme le passage de l’aigle ou le sillon laissé par les bateaux.
Même si mon corps devenait poussière,
je serais encore en prière.
Comme une flamme qui brûle, dans le feu et dans le cœur,
oui, je serais dans une poignée de mains, ou dans une étreinte,
Je serais pareil à une fumée après la mort du feu.
Je serais moi, sans vêtement ni corps,
et Dieu,
je l’adorerais encore.

Ayadi el’hadi – Prison d’Ensihem – mars 1981

Je suis entré par la porte ouverte d’une église. J’avais décidé de prendre rendez-vous avec Dieu. Et Dieu 37168__white-dove_pest entré par la porte que j’avais ouverte dans mon cœur. Comme d’habitude, Dieu était là toujours présent au rendez-vous. Je me suis posé. J’ai écouté le silence où Dieu me parlait. J’ai pris le temps de l’écouter. Et puis j’ai parlé et Dieu m’a écouté.

La prière, c’est un dialogue : il ne faut pas l’oublier. C’est tellement dur d’écouter Dieu, de comprendre ce qu’il nous dit. La prière, c’est un téléphone vers D ieu. Dans un téléphone, on peut parler, mais aussi écouter. Je suis resté des heures dans cette église comme si c’était rare de rencontrer Dieu. Et pourtant … accueil

J’étais sûr d’être écouté. Je suis revenu d’autres jours au gré de la météo de mon cœur. Mais à chaque fois que je poussais la porte, Dieu était déjà là.

 Christian de Chergé

Une première conviction :  je suis une “maison de prière”.

Saint Paul me désigne comme “temple de l’Esprit”. C’est à dire que je suis bâti par Dieu et pour Dieu. Et c’est la prière qui me le dit, c’est elle qui me construit. Le lieu de cette première conviction, c’est la prière personnelle, celle où j’accepte d’être avide et d’abord à vide, d’être sans désir pour présenter plus d’adhérence au désir de Dieu.Celle où je vais laisser les coudées franches à l’imprévisible nouveauté qui doit me venir de Dieu. Celle où ma liberté consent par avance à ce que l’Esprit va vouloir faire de moi.

C’est aussi là que j’apprends à connaître dans ma pauvreté, ma sècheresse d’esprit et de cœur. C’est bien là que je me saisis comme relié à Dieu, aimé de lui, entre ses mains, même quand cette prière est un affrontement (combat de Jacob, prière d’agonie de Jésus). Et je sais que je peux perdre le fil de cet amour parfois si déconcertant et si ténu dans la nuit, s’il vient à me manquer cette heure qu’il m’a été demandé de veiller “pour ne pas entrer en tentation”. Voilà pourquoi je crois, avec tant de spirituels qui ont fait école dans toutes les traditions religieuses de l’humanité, qu’il faut consentir à durer dans cette prière-là, de temps à autre, gratuitement.

Chistian de Chergé, o.c.s.o